
Jean-Luc Chapin est né en 1959 au Lude et vit dans le Bordelais. Il est photographe à l’agence VU’ depuis 1993. Inconditionnel de l'argentique et adepte du noir et blanc, Jean-Luc Chapin poursuit des recherches personnelles sur le paysage, la nature, le monde animal et leurs rapports avec l’homme. Passionné de littérature, il interroge le rapport texte-image dans des collaborations régulières avec des écrivains.
Cette série est une réponse à un futur livre en noir et blanc, elle débute par une allusion directe à "natures", livre où le végétal tient une place prédominante, manière d'établir un lien. Autre lien, celui-ci plus profond : l'argentique de cette même série, l'argentique dans lequel je baigne et qui me semble participer d'un fonctionnement proche par certains aspects du "génie" du vin, fait d'extrapolation, d'attente patiente, d'encadrement technique, de recherche de matière sans compter les aléas de la lumière qui nous ramènent très directement aux conditions météorologiques qui engagent pour partie l'avenir d'un millésime. L'affaire est à méditer et il y aurait beaucoup à dire sur ce rapprochement mais…

Trois mois d’été sans eau : de mémoire de vigneron on n’avait jamais vu ça ! Cette climatologie surprenante, ces conditions incroyables associées aux terroirs d’Angélus nous ont offert un millésime grand, imprévisible, inattendu.
Les vendanges, paisibles et à la carte, se sont déroulées du 4 au 21 octobre.
Des macérations longues nous ont permis d’extraire les tannins des pépins très mûrs cette année.
Ces tannins ont une structure élégante, stable et de très longue garde.
Nous terminons aujourd’hui les écoulages et les entonnages.
Comme nous nous y attendions, les merlots offrent une couleur extrêmement profonde, leur richesse en alcool est parfaitement intégrée. Ce sont le fruit, la fraîcheur, la race et l’élégance qui dominent.
Les cabernets francs, leur croquant, nous nous en doutions lors de la récolte, magnifient ce très grand millésime d’Angélus et nous subjuguent par leur niveau de qualité : un touché de tannins cachemire, une grande suavité, des notes d’épices. Ils rivalisent d’élégance avec les merlots.
2016 est un millésime rayonnant, à l’image de cet incroyable été qui a façonné son identité
et décidé de son destin.

Dans le traité d’ampélographie de P. Viala en 1909, on nous explique que l’on cherche à remonter l’étymologie de son nom et de ses synonymes aux temps les plus reculés, s’appuyant sur un érudit du 17ème siècle « Petit Lafitte ». Ce dernier ne serait pas éloigné de croire que la vidure (petite ou grosse) – nom bordelais du Cabernet Franc – serait l’ancêtre de la Biturica. Il appuie d’ailleurs son opinion sur l’hypothèse que le mot vidure peut provenir du mot « Bidure », puis « Biturica ». C’est surtout à partir du 19ème siècle que le Cabernet Franc se retrouve dans la littérature.

2016, le Rayonnant
3 mois d'été sans eau : de mémoire de vigneron, on n'avait jamais vu ça ! Cette climatologie surprenante, ces conditions incroyables, nous promettent un millésime grand, imprévisible, inattendu. Jusqu’au 20 juin, le temps ne nous a pas ménagé, nous imposant une pluviométrie très abondante, environ 750 mm, ce qui correspond au cumul de pluie dans une année sèche à Bordeaux... Malgré ces conditions, la floraison s’est bien passée. Dès la dernière semaine de juin, le beau temps s'est installé et, fait rarissime, ne nous a plus quitté jusqu'aux vendanges. Nous avons eu un mois de juillet ensoleillé mais plutôt frais avec des nuits froides. A la fin du mois de juillet, la température de l'océan était très inférieure aux températures habituelles à cette période. Et pas une goutte d'eau. Août a vu les températures grimper avec quelques jours de canicule, au-delà de 35 degrés. Cependant, l'amplitude jour / nuit était de 1 pour 2 durant tout le mois, ce qui est très favorable à l'expression aromatique de nos raisins et au maintien de la fraîcheur du fruit. A cela s’ajoute une quasi absence de pluie, 5 à 8 mm ce qui n'est rien, ou le strict minimum pour permettre à la plante de s'hydrater. C’est alors que les très jeunes vignes commencent à souffrir. Les vignes plus anciennes, particulièrement sur les sols argileux et/ou calcaires, résistent, elles, magnifiquement bien (le calcaire et l'argile se comportent comme une éponge qui s'engorge en période humide, et redistribue l’eau captée pendant les périodes sèches).
Depuis plus de 35 ans que j'observe le vignoble, j'avais toujours été habitué aux orages du 14 juillet et du 15 août. Cette année rien, rien de tout cela ! En septembre, l'été continue et avec lui la chaleur : des températures de 28, 30 degrés sont notre quotidien. A la mi-septembre, un gros orage est annoncé. Chacun d'entre nous tremble. Mais les gros nuages blancs et gris menaçants se transforment finalement en une pluie bienfaitrice. 19 puis 4 mm de pluie. Cette eau tombée du ciel vient redonner énergie, force et respiration à notre vignoble. Puis, le beau temps revient très vite. La maturation des tanins s'effectue lentement et les premières vendanges débuteront début octobre pour les grands vins. Les fraîcheurs des nuits d'été ont préservé les arômes et l’acidité. Les perspectives climatiques des deux prochaines semaines nous laissent envisager des vendanges paisibles, à la carte, permettant d’espérer et d’attendre un nouveau un grand millésime à Angélus ! Un millésime rayonnant à l’image de cet été de trois mois qui a décidé de son destin et façonné son identité.

Stéphanie de Boüard-Rivoal présentait le livre Angélus lors d'un déjeuner de presse au restaurant Le Bernardin à New York. Cet ouvrage écrit par Jane Anson et illustré par les photographies inédites de Guillaume de Laubier, est préfacé par le Chef Guy Savoy.

MARDI 13 SEPTEMBRE 2016, 20h30
CHÂTEAU ANGELUS
Les Grandes Heures proposent chaque année un programme de concerts donnés dans de grands Châteaux de la région bordelaise. L'occasion d'entendre, dans un cadre exceptionnel, certains des plus grands musiciens du moment. Angélus, partenaire historique de cette manifestation, ouvre sa nef à Mario Caroli (flûte), Ansi Karttunen (violoncelle) et Florent Boffart (piano) le 13 septembre à 20h30. Ces virtuoses interpréteront Joseph Haydn, Claude Debussy et Georges Crumb. Le concert sera suivi d’un cocktail dégustation.
www.grandesheuresdesaintemilion.fr


François Lezian, stagiaire à Angélus, ouille les barriques du millésime 2015 dans le chai de première année.

« Ils étaient partis lorsque j’avais 12 ans, les deux derniers chevaux d’Angélus. Pompon et Rolland, un ardennais et un boulonnais. Depuis 3 ans, ils reviennent régulièrement s’occuper de nos très vieilles vignes mais aussi des très jeunes, chacune ayant besoin d’un peu plus d’attention. Pour l’une, ses vieilles racines, ses pieds torturés, sont si fragiles que le passage du cheval permet de les travailler en douceur. Pour l’autre, toute naissante et encore si mal installée, là aussi, la douceur du cheval et de son meneur font merveille ».
Hubert de Boüard de Laforest